Cartes négatives du tarot : faut-il vraiment en avoir peur ?

Vous venez de mélanger votre tarot.
Vous êtes tranquillement installé, votre petite question en tête, prêt à découvrir ce que les cartes ont à vous raconter.
Vous retournez la première : le Soleil.
Ah, parfait !
La deuxième : le Trois de Coupes.
Encore mieux !
Et puis arrive la troisième : la Tour (Dieu sait qu'on l'a souvent rencontrée dans nos guidances sur Tarot au Quotidien !).
Silence.
Vous regardez cette tour frappée par la foudre, ces personnages qui tombent dans le vide, et vous vous demandez ce qu'elle vient raconter au milieu de ces deux cartes si réjouissantes.
Parce qu'il faut reconnaître une chose : entre la Mort, le Diable, le Dix d'Épées et la Tour, le tarot possède quelques illustrations qui ne respirent pas franchement la promenade du dimanche après-midi.
On les appelle souvent les cartes négatives du tarot. Pourtant, cette expression mérite d'être nuancée. Une carte dont l'illustration nous inquiète n'annonce pas nécessairement un événement malheureux.
Mais une image impressionnante annonce-t-elle forcément une catastrophe ?
Pas si vite. Prenons le temps de regarder ce que ces cartes racontent réellement.
Mais une image impressionnante annonce-t-elle forcément un événement terrible ?
Peut être pas....
Prenons le temps de regarder ce que ces cartes racontent réellement.
Pourquoi certaines cartes du tarot nous font-elles peur ?
Les artistes qui ont illustré le tarot n'ont pas toujours fait dans la dentelle.
Dans le Rider-Waite-Smith, le Dix d'Épées représente un personnage allongé au sol, traversé par dix épées.
Sur la carte de la Mort, un squelette en armure avance sur un cheval blanc.
Quant à la Tour, nous venons de faire connaissance avec elle.
Difficile de rester complètement indifférent devant ces images.
Et c'est justement l'une des particularités du tarot : ses illustrations utilisent des symboles forts pour évoquer des expériences humaines.
La peur de perdre quelque chose. La difficulté de renoncer. Les changements que nous n'avions pas prévus. Les attachements qui nous retiennent.
Ces expériences ne sont pas forcément agréables, mais elles font partie de la vie.
Le problème arrive lorsque nous confondons la représentation d'une expérience avec l'annonce certaine d'un événement.
Une carte peut évoquer une séparation sans prédire que votre partenaire va vous quitter.
Elle peut représenter une fin sans annoncer un décès.
Et elle peut montrer un bouleversement sans signifier que votre existence entière va s'écrouler.
C'est pour cela que je préfère parler de cartes difficiles plutôt que de mauvaises cartes.
Elles peuvent attirer notre attention sur un problème, une tension ou une situation délicate.
Mais leur signification dépend aussi de la question, des autres cartes et de ce qui se passe réellement dans notre vie.
La Mort : faire de la place au nouveau
La Mort. Rien que son nom suffit parfois à inquiéter.
Et pourtant, dans le tarot, cette carte peut aussi raconter quelque chose de très naturel : pour accueillir du nouveau, nous devons parfois accepter de laisser partir ce qui occupait la place auparavant.
Imaginez que vous souhaitiez commencer une nouvelle activité professionnelle.
Vous avez beau avoir mille idées et beaucoup d'enthousiasme, vos journées, elles, ne vont pas miraculeusement s'allonger !
Pour vous consacrer à ce nouveau projet, il faudra peut-être réduire certaines activités, réorganiser votre emploi du temps ou renoncer à des habitudes auxquelles vous étiez attaché.
J'en ai moi-même fait l'expérience lorsque j'ai commencé à développer mon activité autour du tarot.
Pour lui donner une véritable place, j'ai dû faire des choix concernant mon ancienne activité professionnelle. Cela a demandé des concessions et une nouvelle organisation.
Mais aujourd'hui, je suis heureuse de pouvoir me consacrer à quelque chose qui me passionne.
Et c'est justement ce que m'évoque la carte de la Mort.
Il ne s'agit pas forcément d'une fin subie. Parfois, c'est nous qui choisissons de fermer un chapitre parce que nous avons envie d'en ouvrir un autre.
Bien sûr, cela peut être douloureux. Même lorsqu'on souhaite profondément un changement, on peut regretter certains aspects de ce qu'on laisse derrière soi.
Mais cette fin peut également être libératrice.
Dans le Rider-Waite-Smith, le cavalier de la Mort avance, tandis qu'à l'horizon le soleil apparaît entre deux tours. Quelque chose se termine, mais le paysage ne s'arrête pas là.
Alors, lorsque cette carte apparaît, plutôt que de redouter immédiatement une perte, nous pouvons aussi nous demander :
« Qu'est-ce qui occupe encore une place dans ma vie alors que j'aimerais l'accorder à autre chose ? »
La réponse ne sera pas toujours facile.
Mais elle peut être particulièrement éclairante.
Attention toutefois à ne pas considérer chaque fin comme une bonne nouvelle déguisée. Certaines pertes sont subies, injustes ou profondément douloureuses.
La Mort peut ouvrir sur une autre étape sans que nous ayons à nous réjouir de ce qui vient de se terminer.
Le Diable : nos désirs ne sont pas forcément nos ennemis
Ah, le Diable !
Avec ses cornes, ses chaînes et ses personnages attachés à son piédestal, il a tout pour se faire une mauvaise réputation.
Pourtant, je trouve dommage de réduire cette carte aux dépendances, aux excès ou aux situations toxiques.
Parce que le Diable peut aussi nous parler de nos désirs.
De ce qui nous attire, de ce qui nous passionne, de ce qui réveille notre créativité et notre envie de profiter de la vie.
Et franchement, depuis quand avoir envie de quelque chose serait-il forcément un problème ?
On peut avoir envie de réussir professionnellement, de gagner de l'argent, de séduire, de se faire plaisir ou de consacrer davantage de temps à une passion.
On peut même, de temps en temps, décider de penser un peu plus à soi.
Tout cela ne fait pas automatiquement de nous des personnes égoïstes !
Avec le Diable, ce qui m'intéresse, c'est la place que nos désirs prennent dans notre vie.
Est-ce que nous leur accordons suffisamment d'attention ? Est-ce qu'ils nous donnent de l'élan, du plaisir, des idées ?
Ou est-ce qu'ils finissent par nous entraîner dans des comportements qui ne nous conviennent plus ?
Prenons l'exemple d'une passion créative.
Vous adorez peindre. Vous pourriez passer des heures devant votre toile, essayer de nouvelles couleurs, apprendre de nouvelles techniques.
Quel plaisir !
Mais si cette passion vous pousse systématiquement à négliger votre sommeil, vos responsabilités ou vos relations, elle peut finir par créer un déséquilibre.
Ce n'est pas la peinture qui pose problème. C'est la place qu'elle a progressivement prise.
Et inversement, si vous passez votre temps à vous interdire ce qui vous fait plaisir, cette carte pourrait aussi vous inviter à vous demander pourquoi.
Dans le Rider-Waite-Smith, les chaînes autour du cou des deux personnages semblent suffisamment larges pour qu'ils puissent éventuellement s'en dégager.
Cette image soulève une autre question : quelle liberté avons-nous réellement face à nos envies et à nos habitudes ?
Le Diable nous confronte ainsi à une interrogation intéressante :
« Est-ce que je choisis librement de suivre ce désir, ou est-ce que je commence à en devenir prisonnier ? »
Finalement, cette carte ne nous demande pas nécessairement de renoncer à nos envies.
Elle peut aussi nous inviter à les reconnaître, à les assumer et à trouver une manière de les vivre qui nous convienne.
Mais gardons une nuance : un désir intense n'est pas toujours bénéfique, et certaines dépendances ou situations d'emprise ne se résolvent pas simplement par une décision personnelle. Le contexte reste essentiel.
Le Dix d'Épées : une fin bénéfique peut aussi faire très mal
Je vais vous faire une confidence : parmi toutes les cartes du Rider-Waite, le Dix d'Épées est probablement celle qui me fait le plus reculer.
Ce n'est pas que je la considère comme une mauvaise carte.
Je sais qu'elle peut annoncer la fin d'un cycle douloureux, le moment où une situation arrive à son terme et où quelque chose pourra enfin changer.
Mais regardez ce personnage.
Il est allongé au sol, dix épées plantées dans le dos. L'image est brutale. Et même si une lumière apparaît à l'horizon, je ne peux pas faire comme si ce qu'il venait de traverser n'avait aucune importance.
C'est précisément ce qui me touche dans cette carte.
On peut savoir qu'une relation doit se terminer et souffrir terriblement de cette séparation.
On peut quitter un travail qui ne nous convient plus et avoir peur de ce qui nous attend.
On peut prendre une décision nécessaire et regretter malgré tout ce qu'elle nous oblige à laisser derrière nous.
Avec le Dix d'Épées, je vois cette possibilité : quelque chose se termine, peut-être même quelque chose dont nous avions besoin de sortir.
Mais cela ne signifie pas que nous allons immédiatement ressentir du soulagement.
Alors oui, cette carte peut ouvrir sur une nouvelle étape.
Seulement, avant de parler du renouveau, j'aime aussi reconnaître ce qu'il a fallu traverser pour en arriver là.
Parce que ce n'est pas parce qu'une situation se termine pour notre bien que sa fin ne nous fait pas mal.
Et là encore, il faut se garder de promettre que tout ira mieux immédiatement. Le Dix d'Épées peut évoquer un point de rupture ou un épuisement sans nous révéler à lui seul comment la personne vivra la suite.
Comment interpréter les cartes négatives du tarot sans dramatiser ?
Je vous propose une petite expérience.
Imaginons que vous posiez cette question : « Qu'est-ce qui mérite mon attention dans mon projet professionnel ? »
Vous tirez trois cartes :
Le Huit de Deniers, la Tour et le Trois de Deniers.
Si vous vous arrêtez à la Tour, vous pourriez immédiatement penser : « Mon projet va échouer ! »
Mais regardons plutôt les trois cartes ensemble.
Le Huit de Deniers montre un personnage concentré sur son travail. Il répète ses gestes, développe son savoir-faire, construit quelque chose avec patience.
Puis arrive la Tour, avec son bouleversement.
Enfin, le Trois de Deniers représente des personnes réunies autour d'un ouvrage, échangeant et participant à une construction commune.
Une lecture possible serait la suivante : vous avez peut-être beaucoup travaillé sur votre projet, mais une partie de sa construction mérite d'être remise en question. Et les échanges avec d'autres personnes pourraient vous aider à revoir votre manière de faire.
La Tour pourrait donc être particulièrement intéressante ici. Elle viendrait bousculer une façon de travailler devenue trop rigide, ou faire tomber une idée qui ne tenait pas aussi bien qu'on le pensait.
Et parfois, c'est une très bonne chose !
Car si les fondations ne sont pas solides, continuer à construire dessus n'est pas forcément la meilleure solution.
Cela peut parler d'un changement de fonctionnement, d'une idée à abandonner ou d'une collaboration à envisager.
Est-ce la seule interprétation possible ? Bien sûr que non.
Dans un autre contexte, la Tour pourrait évoquer une perturbation subie, désagréable et difficile à gérer. Il serait donc tout aussi trompeur de la déclarer toujours positive que de la considérer systématiquement comme catastrophique.
Ce qui compte, c'est de regarder ce que les cartes racontent ensemble.
Et surtout, aucune de ces trois cartes ne peut nous dire avec certitude si votre projet réussira ou échouera.
Elles ouvrent un dialogue avec votre situation. À vous de voir ce qui résonne et ce qui correspond aux faits.
Trois réflexes à adopter lorsqu'une carte vous inquiète
La prochaine fois qu'une illustration vous fera froncer les sourcils, vous pouvez essayer ceci.
Regardez d'abord ce que vous voyez réellement.
Avant de chercher sa signification dans un livre, observez les personnages, leurs attitudes, les couleurs et les objets. Que se passe-t-il dans cette scène ?
Revenez à votre question.
La Tour ne racontera pas nécessairement la même chose dans un tirage sur un projet professionnel, une relation amoureuse ou votre état d'esprit actuel.
Puis regardez les cartes voisines.
Est-ce qu'elles prolongent la difficulté ? Apportent-elles une autre perspective ? Montrent-elles une tension, un contraste, une évolution possible ?
Et si l'interprétation reste floue, vous pouvez parfaitement laisser la question ouverte.
Vous n'êtes pas obligé de trouver immédiatement un message spectaculaire dans chaque tirage.
Finalement, faut-il avoir peur des cartes difficiles ?
Je dirais plutôt qu'il faut apprendre à les regarder.
Les cartes négatives du tarot ne sont pas forcément celles qui nous annoncent les pires événements. Elles peuvent aussi nous parler de libération, de créativité, de changements nécessaires ou de situations que nous avons besoin de regarder autrement.
Une carte n'est pas mauvaise simplement parce que son illustration est sombre. Mais elle n'est pas non plus nécessairement positive sous prétexte que nous voulons être rassurés.
La Mort peut parler d'une fin nécessaire, sans rendre toutes les séparations heureuses.
Le Diable peut réveiller notre créativité et nos désirs, sans effacer les risques d'excès ou de dépendance.
Le Dix d'Épées peut évoquer la fin d'un cycle, tout en nous rappelant la douleur qui accompagne parfois ce passage.
Quant à la Tour, elle peut venir bouleverser des fondations devenues trop fragiles. Mais un bouleversement n'est pas toujours facile à accueillir.
C'est aussi ce que j'aime dans le tarot : il ne se contente pas de nous raconter ce que nous aimerions entendre.
Imaginez un jeu dans lequel toutes les cartes vous annoncent que tout ira merveilleusement bien.
Ce serait sympathique pendant cinq minutes.
Mais pour comprendre ce qui se joue réellement dans votre vie, vous risqueriez de manquer quelques informations !
Alors, la prochaine fois que vous retournerez la Tour, la Mort ou le Dix d'Épées, ne rangez pas immédiatement votre jeu.
Regardez l'image. Prenez le temps de comprendre ce qu'elle pourrait évoquer dans votre situation.
Et surtout, rappelez-vous une chose : une carte peut attirer votre attention sur une difficulté sans décider à votre place de la manière dont votre histoire va se poursuivre.
Même avec la Tour au milieu du tirage, vous avez encore votre mot à dire.





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